ENTRETIEN À NICE avec Dominique de Miscault : « J’ai eu le courage de vivre ce que j’avais à vivre. » Un dialogue autour de l’enfance, de la famille, de l’amour, de l’art, de la responsabilité, du Vietnam et du destin.
Aujourd’hui, à Nice, j’ai le plaisir de m’entretenir avec une femme au parcours de vie tout à fait singulier. Une histoire de famille, d’enfance, d’amour, d’art, de rencontres et de choix qui façonnent notre destin.
Dominique de Miscault ne raconte pas sa vie comme une simple succession d’événements, mais comme un chemin qu’elle a dû parcourir, le plus souvent en dehors des sentiers battus.
C’est une histoire de responsabilité, de liberté, de survie et de quête de vérité. Celle d’une femme qui a trouvé dans l’art un langage au-delà des mots et qui, après près de huit décennies de vie, continue à chercher le sens de ses expériences.
Je vous remercie d’avoir accepté cet entretien.
Mihaela Olaru: Avant de parler de l’artiste, de l’amour et des voyages qui ont marqué votre destin, je crois qu’il faut revenir au commencement. Car parfois, pour comprendre la personne que nous sommes aujourd’hui, il faut regarder l’enfant que nous avons été. J’aimerais commencer par le début. Comment s’est passée votre enfance?
Dominique de Miscault: Il est difficile de raccourcir une aventure de presque 80 ans en quelques lignes, mais je vais essayer car ma/notre marginalité mérite quand même une attention particulière mais surtout quand il est encore temps de « renverser la vapeur » – comme on dit !
Je suis née le 26 janvier 1947 – Mes parents se sont mariés dans l’intimité pas loin de Bordeaux, au Château de Pressac appartenant à une branche de la famille de mon père où il avait de bons souvenirs. Je suis née en avance et j’ai marché avant l’âge normal au grand dam de ma mère qui voulait un garçon et qui à ce titre s’est permise de ne pas me regarder pendant 8 jours au moment de ma naissance ?????
À savoir qu’habitant chez nos grands parents au 32 rue Spontini je suis née dans la première maternité française, rue du Château à Neuilly sur Seine aujourd’hui le 92.
Mon père Michel de Trincaud la Tour assez beau et brillant s’était engagé trop tôt chez les parachutistes pendant la guerre et avait fini après de longs mois d’attente pour pouvoir sauter en parachute dans un camp en Algérie puisqu’il avait été refusé d’entrer dans la marine à cause de sa vue imparfaite ! Il m’a dit quelques années avant sa mort en 2007 qu’on les droguait. Je pense donc qu’un caractère faible et vivant dans la séduction, dans la folie de l’après-guerre, non seulement il était encore addict mais en plus il avait sauté sur une mine en Alsace en 1045 ; donc il était souffrant et en morceaux – En quelques mots, il correspondait aux rêves de ma mère dont la force de conviction a eu le dessus sur mon père qui s’est immédiatement remis à fuir comme il l’a fait toute sa vie.
De cette période au 32 rue Spontini au deuxième étage – je me souviens d’une seule chose que ma mère m’a confirmée quand j’avais 16 ans ! D’abord je m’étranglais avec des bombons ronds et rouges et surtout je devais avoir 15 mois, emmaillotée comme cela se faisait (donc enfermée) – j’ai vu ma mère brandissant un pistolet sur mon père. Toute mon enfance j’ai vu un gros pistolet dans la table de nuit de ma mère.
Donc j’étais en principe l’ainée de mon père mais maintenant j’en doute… En tout cas l’ainée de maman qui a eu Anne à Vallet le 21 octobre 1948 et Christine le 8 octobre 1949 … Pour une authentique psychotique on aurait le droit de rêver mieux !
Avant l’âge de 5 ans j’étais parfaitement consciente de la mythomanie de papa :
Je disais – au moment des repas qui se passaient dans un des salons du 46 et où maman sonnait pour appeler les plats « je connais un papa qui racontent des histoires »
À quoi jouaient ces parents-là ?
Maman vomissait tous les matins hurlait de nervosité et j’étais obligée de trainer mes deux sœurs à pied jusqu’à La Tour.
Quand j’étais en 10è les mères (Vatican 2 n’était pas encore passé par là) de Sainte Clotilde, du haut de leur avant-garde Montessori affirmaient à ma mère « Vos filles ne sont pas des intellectuelles ce sont des artistes » Je peux affirmer aujourd’hui que c’était complètement faux. L’intérêt de cette communauté était de former l’élite de notre pays le quartier regorgeant de cette classe supérieure (les familles de ; Louis Bertagna, Bolloré, Piaton de la Sablière et beaucoup d’autres mais celles-ci étaient dans ma classe)
Ceci dit je dois beaucoup à mère Marie Laurence qui a quitté par la suite le couvent de m’avoir fait réaliser ce qu’était un arbre en me faisant y attacher les branches.
L’atmosphère empirait de jour en jour à la maison je pesais 18kg à 7 ans sans être le moins du monde anorexique d’ailleurs je ne l’ai jamais été ; Je me suis immédiatement mise à grossir quand j’ai fait la cuisine après notre mariage. Avant je ne me rendais même pas compte que j’avais faim.
Donc pour m’éviter d’être témoin de la décrépitude familiale maman avait décidé de me mettre un hiver en home d’enfant – Elle m’accompagna à Villars de Lens aux Castors mais à mon habitude je hurlais ou à peu près comme avec toutes les personnes qui étaient chargées de nous surveiller ou dès que les parents étaient invités … J’étais sûrement à leurs yeux une enfant difficile – je refusais de les vouvoyer et je préférais les nouveaux bâtiments.
Je n’étais surement pas pire que les enfants d’aujourd’hui ! ILS étaient seulement un peu en avance sur leur temps et leur milieux social par leur mode de fonctionnement.
… Des castors j’ai été dans la foulée emmenée à Autrans https://fr.wikipedia.org/wiki/Autrans À Clairfontaine chez les Menthonnex https://yadvashem-france.org/justes/nom/menthonnex-joseph/
Je n’y ai pas de mauvais souvenirs y ayant passé une année quasi entière.
Malheureusement l’école y était très succincte j’ai donc perdu un an ce dont je ne me suis jamais remise (le commencement des échecs) et j’ai appris depuis que donner le nivaux aux cours prodigués avait été une victoire du fils Jean et de sa femme que j’ai retrouvée à Vence il y a 15 ans. J’ai donc appris à skier seule et faire de la luge à l’ancienne. Nous faisions aussi de magnifiques randonnées à toutes les saisons dans la montagne.
Les récalcitrants en hiver étaient roulés dans la neige et l’été dans les orties. Des parents venaient voir leurs progénitures en vélo de Paris – Je pense qu’il y avait surtout des enfants de résistants et l’atmosphère était claire et juste. Nous étions au courant du déroulé de la guerre d’Indochine et de la victoire de Dien Bien Phu.
C’était la future femme de Jean qui revenait d’Indochine qui m’a ramenée au 46 rue Spontini à la fin de l’année scolaire Mais en la retrouvant à Vence, elle ne s’en souvenait absolument pas – Nous n’avions surement rien en commun malheureusement.
Maman allait mal et était malheureuse et je me souviens qu’elle avait invité pour un café les gens de l’immeuble avec une monitrice de Claire Fontaine qui devait s’occuper de nous MAIS PERSONNE de l’immeuble n’a daigné venir ? Il y avait pourtant le cousin germain de Giscard et autres sommités juives ou pas.
Au-dessus de chez nous, les années suivantes une famille Helbronner (une lignée bourgeoise française d’origine alsacienne installée à Paris au XIXe siècle) avait plusieurs fois essayé de m’aborder et même invitée à venir chez eux. J’ai toujours refusé ayant de trop gros soucis à gérer. Je le regrette aujourd’hui.
Notre Grand’mère Anne (bonne peintre) qui habitait là, était morte renversée par une bicyclette et 1948 je pense – Donc Papa venait surement voir sa grand‘mère pendant la guerre et avait aussi surement été abordé par d’étranges et sulfureux personnages du 46. Cela ne m’étonnerait pas que son esprit extrêmement vif et curieux ait été attiré par cette vie parisienne scabreuse pendant la guerre. Nous étions d’ailleurs très proche des Birmann qui habitaient au 20 – François, mon parrain, avait été parachutiste et son père Professeur à la Sorbonne et condamné après la guerre pour collaboration, s’était retiré dans un couvent en Italie. Le frère ainé de François, Dominique Birmann de Relles (né le 29 septembre 1923 à Paris) était un journaliste, producteur de radio et réalisateur français ayant mené une grande partie de sa carrière en Scandinavie. Il a notamment été le correspondant en Scandinavie pour le journal Le Monde et pour divers organismes de radiodiffusion et télévision francophones entre 1956 et 1964 Donc Dominique s’est marié en Suède et a fait une brillante carrière intellectuelle loin de chez nous. Le fils de François, Olivier de qui j’étais proche est parti via le transsibérien au Japon dans la décennie 70, si y est marié et a été un professeur reconnu à l’université de Kóbe je crois.
Entre temps toujours pour surement éviter que je ne mette trop mon nez dans une affaire sordide. J’ai été mise en pension dans le 12è.
Depuis quelques années j’étais absolument sûre du déraillement de maman car une fois en rentrant de La Tour en 8e ou 7e maman m’avait accueillie en me disant qu’elle avait trouvé le col du diable dans mes affaires : Malheureusement pour elle s’était mon nom écrit en sanscrit écrit par Chouchoutte sur des morceaux arrondis de canson.
J’étais la bête noire de maman mais il valait mieux dire que j’étais chétive et fragile pour m’éloigner !
À l’époque mes sœurs étaient très conscientes que je prenais tous les coups au figuré mais elles n’ont jamais admis que Papa et maman déraillaient et me laissaient les affronter seule. Papa quant à lui faisait semblant de me protéger de coups réels de maman qu’elle n’aurait jamais osée me porter car je me serais défendue.
Le Printemps 1961 – Le grand basculement. Comme m’avait dit la chef de clinique Nadine Rousselet en 90 « votre mère a attendu que vous soyez pubère. » J’avais donc juste 14 ans Quand maman a complètement basculé pour la première fois. Elle délirait complètement et sachant que je n’arriverais pas à la contenir j’ai été chez les Birmann au 22 rue Spontini pour prévenir de l’état de maman. Nous avons décidé de mettre Christine, que maman disait sa préférée et de l’envoyer en taxi à l’Hôpital. Christine pense encore aujourd’hui qu’elle a tout fait MAIS il m’était impossible de faire autrement. À l’époque Christine qui elle est encore vivante et se sert de notre fille Geneviève à Aix en Provence contre nous, n’avait que 11 ans et disait qu’elle ne voulait pas grandir. Donc maman a passé un mois en cure de sommeil à l’Hôpital Fernand Vidal avant d’être envoyée plusieurs mois dans un pavillon ouvert à l’entrée à droite à Sainte Anne où elle faisait salon mais nous n’y avions pas de place. Elle est ressortie avec de l’Aldol que dès qu’elle arrêtait elle replongeait.
S’en suit une longue série d’entrées et de sorties où à la sortie pendant une journée rassurée par son séjour hospitalier et m’a même dit ; « Mes pauvres enfants qu’est-ce que j’ai dû vous faire souffrir et Michel aussi » Pour ces simples mots, alors que j’avais moins de 15 ans, j’ai compris qui elle était et que je devrais la porter jusqu’à la fin mais j’ai rendu les armes en rentrant du Viet Nam en juillet août 1992. Trop c’est trop. J’avais aussi ma vie à mener.
Mihaela Olaru: Au-delà des souvenirs d’enfance se dessine déjà une réalité bien plus difficile : une famille fragile, des responsabilités assumées trop tôt et le sentiment qu’elle devait comprendre seule ce que les adultes autour d’elle ne pouvaient pas ou ne voulaient pas voir.
Vous nous avez dit avoir traversé des moments difficiles dès votre enfance. Dans quelle mesure ces expériences ont-elles façonné la femme que vous êtes devenue ?
Dominique de Miscault: Il est certain que je ne me suis jamais remise de cette enfance sans père ni mère véritables et même absents au propre et au figuré. Avec des sœurs qui ne pouvaient pas affronter la réalité (maman n’aurait jamais eu avoir 3 filles). Il s’était révélé avant le grand naufrage de maman, que papa cherchant dans la famille de maman des personnes pouvant la reprendre, ce qui était impossible. Il sa trouvé qu’une tante veuve d’un soldat gazé pendant la guerre de 14, la tante Henriette de Baloy très dévouée marraine de Christine avait remarqué que Christine était incapable de lire car elle n’y voyait pratiquement pas. Elle était donc dans une école pour enfants anormaux et ensuite après le diagnostic de Baloy a été envoyée à Dublin pour continuer des études même pas commencées. Elle n’a de ce fait suivi aucune scolarité mais a fini par faire une école d’art quand j’étais mariée. Quant à Anne nos brillantes éducatrices de Sainte Clotilde l’avaient affublée d’un QI de 60 ce qui était faux – aussi vu le contexte dans lequel nous vivions mais qu’aucune personne dite sensée n’avait détecté.
En fait je pense que mon enfance m’a surtout appris à comprendre le spectre de la nature humaine – les différences de classes sociales et la découverte de la psychose qui ne touchait que 2% des populations mondiales – j’y ai échappé en me dissimulant j’jusqu’à aujourd’hui !
Alors que depuis une décennie au moins et en s’intensifiant progressivement c’est l’image de soi qui est valorisée ! Mais cela devrait faire l’objet d’autres réflexions.
Mihaela Olaru: L’enfance semble n’avoir été que le début d’une responsabilité qui allait l’accompagner pendant des décennies. Très tôt, Dominique allait devenir celle sur qui la famille pouvait compter.
Vous avez assumé de très lourdes responsabilités dès votre plus jeune âge. Comment avez-vous réussi à les porter ?
Dominique de Miscault: J’ai surtout porté la famille qui me reconnaissait une autorité morale : J’en veux pour preuve qu’après nombre de tentatives de bon sens j’abandonnais carrément ce combat à mon retour du Viet Nam vers juillet/août 1992
Je décidais de couper avec la famille de laisser mes sœurs s’occuper de maman et proposais à Papa de divorcer. Ce qui fut fait.
Ce fut encore plus facile à la famille de m’accuser de tous les maux.
La juge d’Antony me disant qu’elle avait choisi un Monsieur de très bien qui s’est empressé de venir chercher tous les dossiers, puisque j’avais selon elle toute la famille contre moi ! En effet la dernière fois que j’avais vu maman au tribunal d’Antony elle était venue avec une avocate et la juge l’avait laissée parler en me recommandant de revenir ce que je n’ai pas fait connaissant parfaitement l’issue de cette affaire et ayant décidée de partir au VN.
Dans un autre contexte plus compréhensif et surtout moins bête de mon point de vue TOUT AURAIT ÉTÉ possible : J’avais tout organisé pour maman en mon absence et nous étions engagés à vie pour elle. Jean Claude, à qui j’avais imposé ce DEVOIR impossible n’arrêtait pas de banquer et faisait parfaitement tous les comptes.
Mais les reversassions mensuelles de papa (8000Fpar mois) pour maman, passaient par nous car à nous Papa ne pouvait le refuser ce qu’il n’aurait jamais fait pour maman bien au contraire il l’aurait subtilement continué à l’angoisser. Personne ne voulait non plus voir la mythomanie de papa car il se débrouillait extrêmement bien à Foster Wheeler (Ses mensonges étaient les bienvenus dans le commerce du Pétrole https://fr.wikipedia.org/wiki/Foster_Wheeler
… Et maintenant il avait fait définitivement sombrer maman. EN 1992, en 12 ans maman n’était plus retournée à l’hôpital, nous avions non seulement stabilisé sa situation mais aussi remonté ses finances. D’où sa réaction contre nous puisqu’à ses yeux elle n’était pas malade !
J’avais moi aussi besoin de prendre le large et de repos après toutes ces accusations délétères et malveillantes. J’étais Administratrice légale depuis 1981 ou 80 sur l’initiative d’un psychiatre tunisien invité à Sainte Anne et du juge des tutelles de Lannion qui avait mon âge. J’avais 3 filles et Isabelle n’avait encore que 5 ans mais je l’emmenais dans mes expositions en Suisse et même aux pays Bas.
Je n’ai jamais cessé mes activités artistiques et je passais les frontières avec des dessins et peintures encadrées et les panneaux sur soie qui n’étaient pas considérés comme artistiques ?
C’est quand j’avais 11/12 ans que j’avais entrepris de peindre sur soie car mon souci était quand même de vendre un peu si possible ; en peignant des foulards qui étaient des tableaux etc. Donc je ne pouvais même pas être reconnue comme artisan et d’autant moins que je n’avais pas fait d’école puisque jusqu’au bout mes prof pensaient me mettre à Nanterre étudiante en philosophie et comme m’avait dit Emile Namer non seulement c’était l’embarquement pour Cythère mais il m’avait surtout recommandé de ne pas donner des perles aux cochon !!!!! Ce que j’ai fait toute ma vie jusqu’à aujourd’hui car quelques fois même si c’est rarement, les « cochons » se révèlent des merveilles.
Mihaela Olaru: Et puis, dans une vie où les responsabilités et les combats étaient devenus presque habituels, survient une rencontre qui allait tout changer : Jean-Claude.
Comment vous êtes-vous rencontrés et qu’est-ce qui vous a fait sentir qu’il était l’homme avec lequel vous vouliez construire votre vie ?
Dominique de Miscault: Ma scolarité a été de ce fait chaotique mais les professeurs m’estimaient et pensaient qu’il suffirait que je travaille un peu. C’est là que j’emploierais une expression de JC à savoir que non seulement mon inconscient m’avait rattrapé mais me protégeait. J’étais une « artiste » malgré moi ! Non seulement du point de vue esthétique au sens classique du terme mais humainement parlant. En 6e je dessinais parfaitement et ensuite les sœurs de Reuilly (Mère Marie Saint Jean Baptiste que j’ai retrouvée plus tard lors d’une de mes expositions à la maison des femmes de Lausanne et sœur Marie d’Emmaus, une vocation tardive qui a été très proche de moi durant toute mon adolescence et soupçonnant des dysfonctionnements non sans raisons puisque mes parents ne payaient pas la scolarité et la pension avaient organisées pour moi dès mes 18 ans une préparation à l’École des Beaux-arts en habitant dans la famille de la sous directrice. Évidemment mes parents ont refusé ! et j’ai donc poursuivi un parcours plus que chaotique entrecoupé de mise à l’hôpital en internements d’office ou pas dans ce cas c’était extrêmement acrobatique pour moi (j’en ai vu de toutes les couleurs d’angoisses). Je dois reconnaître que mon adolescence proprement dite a été une véritable régression et j’en étais consciente mais je devais continuer à assumer.
J’avais 18 ans et c’était le TROU NOIR pour l’avenir
Je peignais sur soie depuis l’âge de 12 ans sachant réalistement qu’on ne pouvait gagner sa vie avec un travail de créateur. Même Hermès voulait m’employer quand j’avais 14/15 ans mais je ne voulais pas me rendre prisonnière de cette prestigieuse maison. Ma voie serait d’un autre ordre. Et Heureusement j’étais incapable de m’exprimer oralement ni même de lire un texte ? POURQUOI ? J’attribuais cela à ma peur panique de me dévoiler ce qui est encore vrai aujourd’hui ! Sans la vraie raison qui sans doute est-elle d’ordre éthique ?
Le 5 février 1966, je venais d’avoir 19 ans – Ma sœur Anne et moi étions invitées au RITZ. Nous devions y aller et je demandais à JP Berliet que je connaissais depuis l’âge de 15 ans de m’accompagner et Anne était véhiculée par les deux fils de l’ambassadeur du Chili à Paris. C’était la famille LEROY BEAULIEU, les mines de fer de Mauritanie qui invitait ! Sans doute pour marier leur fille mais le seul mariage qui ait eu lieu fut le mien avec JC.
Durant toute cette soirée JC m’a demandé une fois mon nom
Jean – Pierre l’a raccompagné vers 24h dans sa 2CV à l’école polytechnique et surtout JP m’avait demandé qu’est – ce que j’avais à faire avec ce type ??? Je connaissais JP depuis plusieurs années mais il ne s’intéressait pas à moi. Nous l’avons revu en mai 26 -fidélité oblige depuis 64 ans ! Peu après son passage à la BNP et notre mariage aux Invalides, car maman trouvait Saint Honoré Délau trop moche et c’était vrai… ceci dit c’est son mariage qu’elle avait organisé en ruinant la famille et en nous faisant payer…
JP est parti aux USA pour rentrer à Columbia puis s’est marié 10 ans plus tard à une Française de HEC comme lui et ils vivent à Quelques encablures de BOSTON. Dans une grande maison sans âme à l’américaine. Ils ont eu 3 enfants et en mai dernier 2036 JP nous racontait qu’en triant des photos il avait retrouvé quelques photos de notre mariage dont il n’avait jamais remarqué la beauté ?
C’est là toute la différence entre JC et les autres. Jean- Claude était un être libre et ouvert bardé de courage et de bienveillance. Pour une fois que je rencontrais quelqu’un qui me plaisait, bien sûr j’avais oublié son nom et j’ai dû attendre deux mois qu’il réapparaisse ! Car il m’a dit, en bon cérébral, qu’il avait voulu attendre pour voir s’il pensait toujours à moi !
Ma grand’mère paternelle, un soir d’avril 1966, alors qu’elle habitait au square Lafontaine qu’elle avait acheté pour sa fille et ma marraine au décès de son mari en 1954, est arrivée avec une lettre de JC pour moi. Et tout a démarré – JC m’invitait à une soirée de l’X.
Mihaela Olaru:
Il existe des rencontres qui semblent être le fruit du hasard et qui, avec le recul, prennent la dimension d’un destin. Pour Dominique, cette rencontre a eu lieu au Ritz, au cours d’une soirée réunissant des centaines d’invités, dans un décor presque digne d’un conte.
Vous m’avez raconté que vous vous êtes rencontrés au Ritz, parmi des centaines de personnes. Comment avez-vous vécu ce moment et qu’a-t-il représenté pour vous ?
Dominique de Miscault: Les questions de Mihaela sont révélatrices du mythe français QUID du RITZ ? https://fr.wikipedia.org/wiki/Ritz_Paris
Ritz résonne comme Monaco ! En plus c’était prestigieux voire miraculeux pour moi.
Donc de l’ordre des contes de fées. 800 invités, surement le gratin parisien mais j’étais incapable de m’en rendre compte, mes préoccupations étaient d’un autre ordre. Je n’ai jamais joué à la poupée et je ne me suis jamais amusée, me distraire n’étaient pas dans l’ordre des choses. Tout le monde avait peur de la maladie de maman, même les grands-mères et tantes et autres avaient fuit sans doute à la satisfaction de Papa qui s’appuyait sur moi en racontant des balivernes.
JC a passé la soirée avec moi. Nous n’avons pas dansé mais parlé.
Mihaela Olaru: Près de six décennies se sont écoulées depuis cette rencontre. À une époque où les relations changent si rapidement, leur histoire soulève naturellement une question : qu’est-ce qui permet à un amour de durer dans le temps ?
Vous êtes ensemble depuis presque soixante ans. Quel est, selon vous, le secret d’une relation qui dure aussi longtemps ?
Dominique de Miscault: Personne n’avait compris que JC était un surdoué, ce n’était pas à la mode à l’époque. C’est Alexandre Mikhaïlovitch Prokhorov
que j’avais rencontré à Paris et en Suisse qui sachant que j’allais au Viet Nam me l’a fait comprendre lors de mes séjours à Moscou au début de la décennie 90. C’est à mon avis la principale explication pour cette entente de 60 ans. JC est extrêmement cérébral mais sensible. Il s’est engagé et il m’aime tout simplement. Je me suis aussi engagée, car je voulais me garder pour celui que j’aimerais vraiment. Et il sait que je comprends tout même si je m’énerve. Même si la vie a fait de moi une proie (Michel Schaumasse m’avait prévenue mais je ne l’ai pas comprise) et qu’il m’a parfois été très difficile ou même impossible de résister. JC comprend TOUT.
Mihaela Olaru: Mais Jean-Claude n’est pas seulement l’homme avec lequel Dominique a construit sa vie. Son récit dessine aussi le portrait d’un homme dont la vie professionnelle fut discrète, complexe et, à certains moments, liée à des intérêts importants de la France.
Jean-Claude a eu une vie professionnelle très particulière et vous nous avez dit qu’il avait accompli des choses importantes pour son pays. Quelle partie de son histoire mériterait, selon vous, d’être mieux connue ?
Dominique de Miscault: OUI je suis témoin du comportement de JC en société et en famille. Il est hypermnésique, hypersensible et hyper modeste. D’une part, il y a la remarque de Philippe Aubert : „Nous, nous sommes normalement honnêtes, mais toi, tu es maladivement honnête.” D’autre part, Ion est un entrepreneur du privé, le contraire d’un fonctionnaire. Il a donc sûrement un problème permanent de survie. Plus ou moins inextricable. Ça n’a rien à voir avec une vie de fonctionnaire.
JC a donné tout son travail au pays.
Il a été secret défense dès ses 20 ans – Il a été très vite extrêmement jalousé dans son travail et aussi nos familles n’ont pas compris notre mariage.
JC s’est battu depuis le début contre les positions officielles françaises qui ne lui paraissaient pas adéquates : Dans une commission de l’OTAN où il était au début de la décennie 70, il s’est battu pour le Viet Nam comme pour la Tchétchénie quand il travaillait en Russie ! La levée du siège de Sarajevo s’est effectuée en moins de 8 jours sans aucun doute à cause de son intervention. Il m’a toujours soutenue même si consciemment ou pas il m’avait complètement sortie du système. Il m’avait d’ailleurs prévenue dès nos toutes premières rencontres que si je ne disais pas la vérité nous ne nous marierions pas.
Je n’ai jamais vu JC se mettre en colère ni dire un gros mot, contrairement à moi.
J’ai une confiance absolue dans son jugement même si je l’arrête avec une violence verbale quand il pousse le bouchon trop loin. Tout le monde pense que je suis forte sauf moi. À cela je donne comme réponse que je suis ancré malgré moi très profond Mais comment est-ce possible ? Je ne le sais pas, sans doute un don de Dieu.
Mihaela Olaru: Au-delà de la famille, de l’amour et des responsabilités, un autre fil traverse toute son existence : l’art. Pour Dominique, l’art ne semble jamais avoir été une simple activité. Il a été, dès l’enfance, une forme de survie et un langage qui n’avait pas besoin de mots. Quand avez-vous commencé à peindre? Pourquoi la peinture est-elle devenue si importante pour vous ?
Dominique de Miscault:
J’ai envie de dire que la pratique de ces disciplines qui n’avaient pas besoin des mots était mon mode de survie. En plus j’ai pratiqué au cours des années tous les mediums dans la mesure où j’avais le temps et l’argent. Pour insister je rappellerais que par souci de « rentabilité » à 12 ans je me suis mise à la peinture sur soie car j’aimais beaucoup ces fleurs peintes que ma mère revendait avec les robes de grands couturiers dont Violette Bénistan et Jacqueline de Bac ou de Bacque, tout près de l’avenue Montaigne, faisaient commerce. Le prêt à porter n’existait pas encore. C’est comme cela qu’à notre mariage civil j’avais un tailleur Chanel porté par Sophie de Grèce. Dans notre entourage proche il y avait aussi le coiffeur Pourrières puis Alexandre et un dentiste au père Lachaise Catton qui soignait les dents des fauves du cirque Bouglione et l’infernal et presque monstrueux Michel Carrière, petit fils d’Eugène Carrière. Qui était le mauvais ange du même régiment parachutiste que Papa. Carrière avait raté son entrée à Normal Sup et ne s’en était jamais remis surtout avec ses positions très ambigües pendant la guerre ! Après la guerre il a habité place Clichy avec Nane Poirson que j’ai très bien connue mais avec qui j’ai dû stopper toutes relations dans la décennie 90 pour échapper à ses propos pervers et abusifs.
Mais revenons à JC ; Après son école d’application les télécom (nous nous étions mariés en 67 après l’année du service militaire et nous habitions dans un immeuble à Bagneux appartenant au Fort de Mont rouge.) Il a été proposé à JC de rentrer dans les sous-marins atomiques. Mais il a refusé. En fait JC a suivi sa propre voie comme il m’a obligé à suivre la mienne. Dès le début nous savions risquer et assumer. Il a travaillé 5 ans à Paris pour la Marine et 5 ans à Toulon. Ensuite il a cherché à sortir des magouilles et corruptions mais en vain ! L’état l’a toujours gardé jusqu’à aujourd’hui : Profitant de sa force de travail, de sa loyauté et de son silence.
Mihaela Olaru: Si l’art a été pour elle un langage, une question s’impose naturellement : existe-t-il des choses que seule la peinture peut dire ? Y a-t-il des choses que vous pouvez exprimer par la peinture et que vous ne pourriez pas exprimer avec des mots ?
Dominique de Miscault: C’est aux autres de le dire encore aurait il fallu que notre société s’intéresse vraiment au fait de l’art. Mais avec les années 70 et le tournant économique que nous avons vécu dans le mouvement mondial non seulement de la reconstruction de l’après deuxième guerre mondiale, du baby-boom, mais avant avec la percée créatrice de la sécurité sociale https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9curit%C3%A9_sociale_(France) pour tous et l’accession aux vacances avec le front populaire de 1936 : TOUTES les notions acquises fondamentales ont été quasiment détruites, à savoir que des sociétés occidentales par le développement des villes mettant à mal toutes les structures millénaires basées sur la vie agricole. Nous sommes passés rapidement de sociétés agraires à des sociétés citadines avec le dépeuplement des campagnes. L’exemple le plus spectaculaire étant la Chine où les villes se sont développées anarchiquement avec des masses de paysans investissant des immeubles dans des villes non structurées autour.
Je me rappelle de la construction de la Tour Montparnasse à Paris qui a totalement modifié la conception du quartier. Malheureusement les mentalités n’ont pas suivi et ce d’autant moins que les élites bourgeoises ne se donnait pas la peine d’informer et d’autant moins qu’elles avaient un profond mépris pour le développement des médias qui fut investi par des populations rejetées par ces mêmes élites.
Donc « l’art » dont la définition avait été mise à mal dès le début du XXè S par Picasso, s’est réduit dès la décennie 70 le plus souvent à l’art Thérapie (démission du corps médicale etc.)
En 1968 JC et moi habitions Bagneux – JC était de fait militaire – Nous n’avions pas d’amis de nos âges – la problématique se posait autrement – Pour moi, 68 était un amusement pour enfants de riches mais l’évènement a été médiatisé au point de devenir emblématique de l’époque et nous avons vécu le départ de De Gaulle.
À ma génération les classes étaient surpeuplées jusqu’à presque 50 élèves par classe et il n’existait comme planche de salut que l’enseignement long. Donc depuis les années 70 la Paix étant revenue et souhaitée après deux monstrueuses guerres mondiales nos pays ont tenté des réformes qui se révèlent souvent catastrophiques à long terme.
Toujours par l’avancée du Front populaire, la notion de peuple a envahi le champ civique, avec ses excès dans le champ syndical et les déconstructions progressives de la famille et des Églises. Tout cela devrait faire l’objet d’articles supplémentaires. En tout cas l’aboutissement sont les cracks désastreux non seulement du démantèlement de l’ex URSS mal analysé par les élites occidentales et le développent démographique excessif des pays appelés BRICS aujourd’hui.
Pour ma part j’ai poursuivi ma vie personnelle et artistique en ; d’un côté m’adaptant aux contraintes de nos sociétés et de l’autre en approfondissant mes pratiques.
J’ai pu le faire grâce à JC qui en a toujours eu l’ouverture et à nos moyens matériels et intellectuels qui ne sont pas du tout ordinaires. Mais à 80 ans j’aimerai, nous aimerions enfin aboutir à quelque chose de constructif et reconnu. À vrai dire nos sociétés s’enlisant de plus en plus, nous espérons un miracle supplémentaire.
OUI je parle autrement en peinture mais c’est offert à des ânes qui n’ont soif que d’argent et je ne me suis jamais inscrite dans cette logique. Cette demande de Mihaela tombe à point et je t’en remercie encore et pour longtemps. Même si la Côte d’Azur est depuis le XIXe un lieu mondialement privilégié pour la villégiature ; que la seule industrie dont elle soit capable c’est le Tourisme, aujourd’hui le tourisme de masse qui a de toutes façons tendance à se replier en Europe sur la Grèce, l’ex Yougoslavie ou la Bulgarie… il n’en demeure pas moins que Nice demeurera l’espace de l’art et de la Lumière.
Mihaela Olaru: En regardant l’ensemble de cette vie, il est presque impossible de ne pas se demander si toutes ces expériences la famille, l’amour, les difficultés, les voyages et les rencontres se retrouvent, d’une manière ou d’une autre, dans son œuvre.
Pensez-vous que tout ce que vous avez vécu votre enfance, votre famille, votre amour, vos difficultés et vos expériences se retrouve dans votre peinture ?
Dominique de Miscault: OUI mais encore faudrait-il que quelqu’un de compétent se penche sur l’œuvre et prenne du temps.
Mihaela Olaru: Après une vie qui l’a conduite vers des lieux et des mondes très différents, un nouveau voyage se prépare. La Roumanie est entrée relativement récemment dans l’histoire de Dominique, mais elle pourrait représenter le début d’une nouvelle étape.
Dominique de Miscault: OUI je retourne 6 jours en Roumanie, parce que je devais aller au Viet Nam, mais je suis fatiguée des tribulations de ces derniers mois dans notre pays et chez nous personnellement. Je vieillis, et surtout notre porte-monnaie est vide. La Roumanie est un pays de l’Est marqué par son passé soviétique. La guerre en Ukraine (nous soutenons l’Ukraine que nous connaissons comme la Russie) fait rage MAIS la Roumanie est en Europe. Maintenant mais seulement depuis mai 2025 j’y ai des amis. Je ne sais pas encore ce que j’attends de ce voyage.
Mihaela Olaru: Parfois, un voyage n’est pas seulement un déplacement vers un autre lieu. Il peut devenir le début d’un changement.
Pensez-vous que ce voyage en Roumanie pourrait ouvrir un nouveau chapitre de votre vie ?
Dominique de Miscault: Peut-être mais ce n’est pas gagné.
Mihaela Olaru: Et lorsque l’on parle d’un nouveau chapitre, on revient inévitablement aux origines. À la famille, à ce que nous héritons et à ce que, parfois sans même nous en rendre compte, nous portons avec nous.
Quelle importance ont pour vous vos racines familiales et l’histoire que vous portez avec vous ?
Dominique de Miscault: Je pense de plus en plus que chacun de nous tout en étant dans une certaine mesure le fruit du hasard, nous sommes les héritiers de lignées familiales
Mihaela Olaru: Après presque huit décennies, il y a peut-être une seule personne qui pourrait véritablement comprendre tout ce qui allait suivre : la jeune Dominique de 18 ans.
Si vous pouviez rencontrer aujourd’hui la jeune femme que vous étiez à 18 ans, que lui diriez-vous ?
Dominique de Miscault: La question est surprenante et t’en remercie. À 18 ans j’étais dans un gouffre noir de désespoir et JC m’a sortie de là. Sans lui je serai sans doute morte mais il dit la même chose pour moi ALORS?????????
Mihaela Olaru: Et après tout cela demeure la question essentielle : que nous apprend finalement une vie ?
Après tout ce que vous avez vécu, quelle est la leçon la plus importante que la vie vous a donnée ?
Dominique de Miscault: RIEN, sinon faire confiance à la vie et à la vérité
Mihaela Olaru: Peut-être qu’après une telle vie, il n’existe ni une seule réponse ni une seule conclusion.
Mais chacun laisse quelque chose derrière lui — à travers ce qu’il crée, les personnes qu’il aime, les choix qu’il fait et le courage avec lequel il assume son propre destin.
Et parce que chaque vie laisse quelque chose derrière elle, si vous deviez laisser un seul message aux générations qui viennent après vous, quel serait-il ?
Dominique de Miscault: Si possible avoir la FORCE et le COURAGE de vivre ce qu’on a à vivre.
Mihaela Olaru: Je vous remercie pour cette conversation et de nous avoir permis de découvrir non seulement l’artiste, mais aussi la personne qui se trouve derrière son art.
Peut-être est-ce finalement aussi le sens d’une rencontre : apprendre à nous connaître, petit à petit.
Dominique de Miscault: Nous apprenons à nous connaître petit à petit.



